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NGWE 2026 : du rivage à l’Inlandsis, retour sur une expédition riche d’enseignements

18 juin
4 min de lecture

Après plusieurs semaines dans le nord-ouest du Groenland, la North Greenland Windsled Expedition 2026 s’est achevée. Si nous n’avons finalement pas atteint la côte Est comme initialement envisagé, cette campagne aura permis de valider des éléments essentiels pour l’avenir du projet Windsled et de mener à bien une partie importante du programme scientifique prévu.



Une approche entièrement repensée


L’un des objectifs majeurs de NGWE 2026 était de démontrer qu’il était possible d’accéder à l’Inlandsis et d’y opérer avec un niveau d’autonomie encore jamais atteint.


Contrairement à de nombreuses expéditions polaires modernes, aucun hélicoptère n’a été utilisé pour le transport du matériel jusqu’au plateau glaciaire. La logistique reposait sur une combinaison de moyens légers : bateau de pêche local, hydrocoptère et motoneiges.



Après plusieurs jours passés au pied du glacier, notamment en raison de délais administratifs indépendants de notre volonté, nous avons finalement obtenu l’autorisation nécessaire pour poursuivre notre progression vers l’intérieur des terres.


Nous avons alors quitté le rivage pour rejoindre notre second camp de base situé au cœur de l’Inlandsis. Le trajet représentait près de 135 kilomètres en motoneige, avec un dénivelé positif d’environ 1 700 mètres, passant de 400 à plus de 2 100 mètres d’altitude. Après plus de vingt-quatre heures éveillés pour la plupart d’entre nous, nous sommes arrivés sur le plateau glaciaire au petit matin.



Retrouver le dépôt de 2025


À peine arrivés, une nouvelle mission nous attendait : retrouver et excaver le dépôt laissé par l’expédition de 2025.


En un an, près de 1,60 mètre de neige s’était accumulé au-dessus du matériel. Pendant plusieurs heures, pelles en main, nous avons progressivement dégagé les équipements indispensables à la suite des opérations.


Cette récupération constituait une étape clé de la stratégie logistique développée par l’équipe de Ramón Larramendi : prépositionner du matériel afin de réduire l’empreinte environnementale et les coûts des campagnes futures.



Construire le plus grand Windsled jamais testé


Les jours suivants furent consacrés à l’assemblage des différents modules du Windsled.


Pour cette campagne, la configuration était particulièrement ambitieuse : module de pilotage, module cargo, module habitation, panneaux solaires, batteries, matériel scientifique et même une motoneige tractée.


L’ensemble représentait environ 3,4 tonnes, soit la configuration la plus lourde jamais déplacée par un Windsled.



Malheureusement, la météo s’est montrée capricieuse. Les vents dominants d’est nous ont immobilisés plusieurs jours sur le plateau. Comme si cela ne suffisait pas, une tempête a déposé près de 60 centimètres de neige fraîche sur le camp, obligeant l’équipe à dégager les installations et à vérifier l’ensemble du matériel.


Lorsque les conditions ont enfin semblé favorables, le Windsled a pu quitter le camp de base.



Les limites d’une configuration extrême


Les premiers kilomètres ont permis de confirmer que le concept fonctionnait, même dans cette configuration inédite.


Cependant, plusieurs difficultés sont rapidement apparues. Les efforts nécessaires sur les commandes étaient particulièrement importants et les performances restaient limitées avec une charge aussi élevée.



Au cours de la progression, plusieurs voiles ont également été perdues ou endommagées, réduisant progressivement nos capacités de manœuvre.


Face à ces contraintes techniques et après analyse collective de la situation, la décision a été prise de renoncer à la tentative de rejoindre la côte Est du Groenland.


Cette décision n’a pas été facile. Mais en environnement polaire, la sécurité et la gestion du risque doivent toujours primer sur l’objectif initial.



Un programme scientifique maintenu


Malgré cette réorientation, les travaux scientifiques ont pu être menés avec succès.


L’un des volets principaux concernait l’utilisation d’un géoradar (Ground Penetrating Radar – GPR) fourni par ImpulseRadar. Mon rôle consistait à opérer cet équipement afin de rechercher les zones fragilisées et les crevasses sur les itinéraires empruntés.


Cette première utilisation du système en conditions polaires réelles a démontré tout son intérêt, non seulement pour la recherche scientifique, mais également comme outil d’aide à la progression et à la sécurité.


Plusieurs autres programmes ont également été conduits :

  • prélèvements de neige pour l’étude des microplastiques ;

  • mesures atmosphériques en continu grâce à un capteur fourni par le CNR italien ;

  • échantillonnages environnementaux destinés à la recherche sur les PFAS ;

  • acquisitions de données glaciologiques par géoradar.


Ces résultats contribueront à de futurs travaux de recherche et permettront d’améliorer encore les prochaines campagnes.



Une validation logistique majeure


Au-delà du résultat sportif, l’un des principaux succès de NGWE 2026 reste la validation de la chaîne logistique complète.


L’équipe a démontré qu’il était possible d’accéder à l’Inlandsis, d’y opérer plusieurs semaines et d’en redescendre sans recourir à un hélicoptère.


Le retour a confirmé cette capacité. Après avoir quitté le plateau glaciaire par nos propres moyens, nous avons rejoint la côte où l’hydrocoptère a de nouveau joué un rôle essentiel avant notre récupération par bateau jusqu’à Upernavik.


Cette démonstration constitue probablement l’un des acquis les plus importants de l’expédition.



Apprendre pour mieux repartir


Les grandes expéditions ne se mesurent pas uniquement à l’atteinte d’un objectif géographique.


NGWE 2026 a permis de tester des solutions inédites, d’identifier des limites techniques, de valider des concepts logistiques et de collecter des données scientifiques précieuses.


Chaque difficulté rencontrée représente désormais une piste d’amélioration pour les futures campagnes.


Le Groenland nous a rappelé une fois encore qu’en Arctique, l’humilité reste la première qualité de l’explorateur.


Cette expédition n’est donc pas une fin, mais une étape supplémentaire dans le développement du projet Windsled et dans la recherche de modes d’exploration polaire toujours plus autonomes et plus respectueux de l’environnement.


L’aventure continue.



 
 
 

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