
Du rivage à l’Inlandsis : entrée dans l’expédition
- Clotaire Berthelot
- 24 mai
- 2 min de lecture
Pendant plusieurs jours, notre camp est resté installé au pied du glacier, dans le nord Groenland. Un lieu silencieux et minéral, où le temps semblait suspendu, rythmé par les observations, les reconnaissances terrain et les préparatifs.
Dans l’attente des dernières validations administratives nécessaires pour poursuivre notre progression vers l’Inlandsis, nous avons mis ce temps à profit pour analyser quotidiennement les voies d’accès. Ici, les conditions évoluent vite. Le soleil frappe fort pour la saison et transforme rapidement la surface : fonte, neige qui se ramollit, zones fragilisées… un itinéraire praticable le matin peut devenir complexe quelques heures plus tard.
Nous avons également exploré les environs en raquettes, notamment une crête dominant le glacier et notre camp, offrant une vue saisissante sur l’immensité blanche qui nous attendait plus à l’intérieur des terres. Plus en aval, une reconnaissance nous a permis d’identifier une possible voie vers le fjord adjacent.
Le volet scientifique de l’expédition a lui aussi commencé dès ces premiers jours. Le boîtier d’enregistrement fourni par le CNR italien est désormais opérationnel et mesure quotidiennement les particules présentes dans l’air tout au long de l’expédition.
Puis, jeudi soir, nous avons finalement reçu le feu vert permettant de poursuivre notre route.

Nous avons quitté le rivage dans la foulée pour entamer notre montée vers l’Inlandsis et rejoindre notre deuxième camp de base.
Près de 135 kilomètres de progression en motoneige nous attendaient, avec l’ensemble du matériel de l’expédition chargé dans les traîneaux. Une traversée longue et exigeante, depuis les zones côtières situées autour de 400 mètres d’altitude jusqu’au cœur de la calotte glaciaire, à plus de 2100 mètres.
Pendant cette traversée, nous avons également utilisé le GPR afin de repérer d’éventuelles crevasses sur notre itinéraire. Aucune n’a été détectée, confirmant un corridor sécurisé jusqu’au dépôt.
Le voyage fut physique, lent et parfois éprouvant. Pour la plupart d’entre nous, cette progression s’est faite après près de 24 heures sans sommeil. Nous avons finalement atteint notre camp avancé vendredi matin vers 5h30, épuisés mais désormais pleinement engagés sur l’Ice Cap.
Le lendemain fut particulièrement difficile.
Mais dans ce type d’expédition, le repos reste souvent secondaire face aux impératifs logistiques. Nous avons immédiatement commencé l’excavation du dépôt installé ici en 2025. Après plusieurs heures à creuser dans une neige dense et compacte, nous avons finalement retrouvé le matériel, enfoui sous environ 1,60 mètre de neige accumulée pendant l’hiver.
Une fois le dépôt dégagé, une nouvelle étape a pu commencer : l’assemblage des Windsleds.
Depuis samedi, nous montons les structures pièce par pièce dans le froid et le vent. Trois Windsleds doivent être entièrement assemblés avant le départ. Une opération longue et minutieuse, essentielle avant de s’engager pour plusieurs semaines d’autonomie sur la calotte glaciaire.
Si les conditions météo se maintiennent, nous espérons quitter le camp lundi soir afin de profiter de vents d’ouest favorables pour débuter notre traversée en direction de la côte est du Groenland.
Le véritable voyage commence maintenant. ❄️🧭

















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